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Culture
«Maktoub»: A côté de la plaque !…



La série «Maktoub», signée Sami El Fehri au niveau de la réalisation et Tahar Fazaâ pour le texte, n’a pas cessé de récolter les désapprobations dès ses premiers épisodes. Quels messages cherche-t-on à véhiculer ? Par quels moyens ? Les producteurs et les programmateurs de cette série ne semblent pas avoir pensé à ces points et étudié les cadres spatio-temporel et psycho-social. Le résultat : un produit hybride et fastidieux.


Personne ne peut nier le talent de Sami El Fehri en tant qu’animateur. On l’a vu, suivi, soutenu et félicité pour ses efforts durant des saisons. Tahar Fazaâ, chroniqueur de talent, a brillé par ses écrits où humour et critique acerbe se conjuguent pour le bonheur de ses lecteurs. Mais pour «Maktoub», la rencontre entre une tête d’affiche de la télévision tunisienne et une belle plume comme celle de Fazaâ a été au-dessous des attentes. Diffusée en prime time, la série est censée être le meilleur plat télévisé à proposer aux millions de spectateurs qui tournent la tête d’une manière exceptionnelle lors de ce mois sacré vers leur télévision nationale T7. En Tunisie comme ailleurs, les Tunisiens trouvent un plaisir énorme à voir et à consommer des produits télévisés «made in Tunisia» durant le mois de Ramadan. Ce n’est pas uniquement une question d’habitude mais c’est une question d’ordre psycho-social.  Pour nos Tunisiens à l’étranger, notre T7 reste le seul trait d’union avec la Tunisie bien-aimée. C’est cette nostalgie qui remue des souvenirs d’antan et qui les pousse à se brancher sur cette chaîne pour respirer à pleins poumons et même de loin «rihet le bled» (Les senteurs du pays). Et les programmateurs de la chaîne - qui semblent n’avoir pas bien visionné la série, comme d’ailleurs d’autres productions - ont choisi un mauvais timing pour sa diffusion. L’horaire peut bien servir le producteur, les annonceurs et la caisse de la télévision tunisienne mais jamais le téléspectateur.


Les épisodes se succèdent et rien ne peut justifier le choix de nos programmateurs. Car côté technique, la série grouille d’anomalies au niveau de la réalisation. Le passage d’un zoom avant à un zoom arrière et d’un plan à un autre doivent être étudiés pour pouvoir bien enrichir l’histoire et par la suite captiver l’attention du public.


 


Que dire ?


Côté thématique, c’est encore pire car le scénariste a choisi de raconter des histoires croisées tirées du vécu de la «high society». Alors dès le premier épisode, les téléspectateurs se sont trouvés face un défilé de «Hummer» et d’autres voitures dernier cri et surtout face à des gens qui racontent des histoires qui ne sont pas les nôtres. Des histoires qui existent mais qui ne concernent pas les dix millions de Tunisiens. On a vu de belles villas, de beaux hommes et des femmes très chics et très branchées sur les défilés et les nouvelles tendances de la mode et c’est tout. Sinon, pour le reste, on ne cesse de raconter et d’étaler des histoires tirées par les cheveux comme celle de cette grossesse en dehors du mariage qui passe comme un événement ordinaire. Avec Tahar Fazaâ et Sami El Fehri, on est dans une classe sociale libertine, sans morale qui vit sans objectif et qui ne respecte aucune loi sociale. La seule loi est celle de l’argent. Cette histoire de grossesse n’est pas le seul point noir car on voit la faculté qui devient un espace de règlement de comptes et de marginalisation de ceux venus d’autres régions ou de la couche sociale moyenne. L’on a oublié que ces gens très «in» ne sont pas la Tunisie. Et ils ne le seront jamais. L’un de ceux qui ont choisi de faire la propagande de cette série et de tester le pouls de la presse nationale a choisi d’avancer le slogan de l’audace pour se défendre. Mais de quelle audace parle-t-on ? Selon la production de la série dans un texte publicitaire qui vient de paraître sur les colonnes d’un journal de la place, cette production traite de la discrimination et la lutte des classes. Mais ce qu’on a vu, c’est que la série consacre la ségrégation raciale et sociale au lieu de les aborder grâce à ces conflits insensés entre la bourgeoisie et la classe moyenne sans parler de ces comportements maladroits qui serviront - malheureusement- comme modèles pour nos adolescents. Vous pouvez dire que la famille de Slah Messadek donne l’exemple de ces bourgeois au cœur tendre et bon ? Mais, ce n’est jamais suffisant quand on prétend débattre des problèmes colossaux comme la discrimination. Et de  quelle l’audace parle-t-on ?


Pour le casting, Sami El Fehri a choisi de jouer la carte des jeunes. Tant mieux. Un choix qui aurait réussi s’il y avait une bonne direction de comédiens, mais surtout et avant tout, des prémices de comédiens. Malheureusement, on a vu tout sauf un jeu qui puisse se défendre surtout pour des amateurs qui ont oublié qu’avoir un joli physique ne signifie pas du tout avoir la disposition d’être un bon comédien. Regardez les séries françaises et américaines, et à la limite égyptiennes, la réussite passe toujours par le don, sinon à quoi sert le make up ? A méditer !


 

Imen ABDERRAHMANI

 
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